Le département américain de la Justice (DOJ) a ouvert une enquête sur le projet d’acquisition de la plateforme open source Hugging Face par NVIDIA pour 12,93 milliards de dollars. Révélée par Reuters et confirmée par CNBC ce 30 octobre 2026, cette procédure antitrust cherche à déterminer si l’opération permettra au géant des semi-conducteurs de verrouiller l’écosystème logiciel de l’intelligence artificielle au détriment de ses concurrents.
Les points clés de l’enquête antitrust :
- Montant de l’opération : 12,93 milliards de dollars annoncés le 3 septembre 2026 pour absorber la plateforme franco-américaine.
- Motif d’alerte : Risque d’entrave concurrentielle pour les fabricants de puces rivaux (AMD, Intel) et les puces cloud maison (Google TPU, AWS Trainium).
- Poids d’Hugging Face : Plus de 18 millions d’utilisateurs, 200 000 entreprises clientes et plus de 3 millions de modèles d’IA hébergés.
- Engagements de neutralité : NVIDIA affirme que la plateforme restera ouverte et n’imposera pas son matériel graphique pour l’entraînement ou l’inférence.
- Calendrier : Clôture prévue initialement au premier semestre 2027, désormais tributaire des décisions des régulateurs américains et européens.
Pourquoi le rachat de Hugging Face inquiète les régulateurs
Fondée en 2016 par les Français Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, Hugging Face s’est imposée comme la place centrale du partage de modèles open source, de jeux de données et d’espaces de démonstration. Véritable carrefour technique, la plateforme rassemble les travaux de recherche des plus grands laboratoires mondiaux, à l’image des récents modèles de Mistral AI ou des poids de Meta.
Pour NVIDIA, déjà actionnaire minoritaire depuis 2023, s’offrir Hugging Face représente une passerelle directe vers 18 millions de praticiens de l’IA, pour un revenu annuel estimé à environ 150 millions de dollars. Cependant, les enquêteurs de la division antitrust fédérale craignent que cette intégration verticale ne confère à NVIDIA un pouvoir excessif sur la distribution logicielle, après avoir déjà conquis une position quasi monopolistique sur les cartes accélératrices de centres de données.
Les risques de verrouillage dénoncés par la concurrence
Au cœur des investigations du DOJ figure la neutralité des infrastructures. De nombreux constructeurs de matériel IA — parmi lesquels AMD, Qualcomm, ou encore Amazon avec ses puces Trainium — s’appuient quotidiennement sur Hugging Face pour proposer des tutoriels et optimiser leurs processeurs. Un contrôle exclusif par NVIDIA pourrait théoriquement inciter le groupe à optimiser en priorité ses propres librairies CUDA, reléguant les frameworks tiers au second plan.
Face à ces inquiétudes, la direction de NVIDIA assure que la plateforme conservera son indépendance opérationnelle. L’entreprise martèle que son matériel ne sera en aucun cas obligatoire pour publier, tester ou télécharger des modèles sur le hub. De son côté, Clément Delangue avait précisé sur CNBC avoir lui-même sollicité Jensen Huang l’été dernier afin d’adosser Hugging Face à une puissance de calcul et des capacités financières massives.
Un examen qui dépasse le simple dossier Hugging Face
L’offensive du département de la Justice ne constitue pas un cas isolé : elle s’inscrit dans un passage en revue exhaustif de toutes les acquisitions récentes de NVIDIA dans le secteur de l’IA. Les autorités fédérales examinent également :
- L’accord avec Groq (17 milliards de dollars) : Conclu en décembre 2025, cet accord de licence technologique et de recrutement de cadres fait l’objet de vérifications pour déterminer si des clients devaient acheter du matériel Groq et réseau pour obtenir des GPU NVIDIA.
- Le rachat de Run:ai : Entreprise spécialisée dans l’orchestration et la virtualisation des grappes de calcul GPU.
- L’acquisition de SchedMD : L’éditeur commercial responsable du planificateur de tâches open source Slurm, massivement exploité dans les supercalculateurs d’IA.
À ce stade, aucune infraction légale n’a été formellement retenue contre NVIDIA. Néanmoins, l’ouverture officielle de cette enquête signale un durcissement net des régulateurs face à la consolidation du secteur de l’actualité IA.
Pourquoi le DOJ ouvre-t-il une enquête sur NVIDIA et Hugging Face ?
Le département de la Justice américain cherche à déterminer si le rachat d’Hugging Face (12,93 milliards de dollars) permettrait à NVIDIA de favoriser ses propres puces graphiques au détriment des fabricants concurrents qui dépendent aussi de la plateforme.
Hugging Face restera-t-il accessible aux puces d’autres constructeurs ?
NVIDIA a officiellement déclaré qu’Hugging Face conservera une gouvernance ouverte et neutre, sans restriction ni obligation d’exécuter les modèles uniquement sur du matériel NVIDIA.
Quand la transaction doit-elle être finalisée ?
Les deux entreprises visaient une finalisation au premier semestre 2027, mais cette échéance dépend désormais de l’autorisation formelle des autorités de la concurrence américaines et européennes.
Source de l’information : Reuters, avec confirmations complémentaires de CNBC et du média tech Clubic.
