IA et services publics : c’est la combinaison qu’étudie de près le chercheur Chris Schmitz dans une enquête sur le phénomène qu’il baptise « agentic flooding » — l’usage d’outils d’intelligence artificielle pour déposer des demandes administratives à un rythme jusqu’ici impossible pour un humain seul. Son travail, qui sera présenté à la conférence AI Ethics and Society, recense 84 cas potentiels de saturation dans 11 juridictions différentes.
Des hausses de volume spectaculaires
Les chiffres cités par Schmitz donnent la mesure du phénomène. Au Royaume-Uni, le Housing Ombudsman — l’organisme chargé de traiter les plaintes des locataires — est passé d’environ 2 600 demandes en 2022 à plus de 7 000 en 2025. Aux États-Unis, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) a vu ses volumes de plaintes multipliés par cinq sur une période comparable. Des tendances similaires apparaissent du côté des pétitions citoyennes brésiliennes et des pétitions adressées au parlement allemand.
Pas du spam, mais des demandes légitimes accélérées
Le point le plus surprenant de l’étude n’est pas le volume en lui-même, mais son origine. Schmitz insiste : « La grande majorité des cas que nous observons concernent des personnes qui ont droit à quelque chose et qui le réclament. » Autrement dit, l’IA ne génère pas de fausses demandes en masse — elle abaisse la barrière qui empêchait auparavant des ayants droit légitimes de faire valoir leurs droits, faute de temps, de compétence administrative ou de connaissance des procédures.
La fin de la « charge administrative » comme filtre
Ce mécanisme rejoint un concept déjà étudié en science politique : la « charge administrative » (administrative burden), soit l’ensemble des frictions — formulaires complexes, jargon juridique, démarches longues — qui découragent une partie des citoyens de faire valoir leurs droits, même quand ils y sont éligibles. Un agent IA capable de rédiger une réclamation en quelques minutes fait sauter une bonne partie de ce filtre informel. Schmitz résume la dynamique en cours : les gens découvrent qu’ils peuvent le faire, et c’est de plus en plus facile.
Des services publics pensés pour un monde sans IA
La conclusion de l’étude n’est pas alarmiste mais structurelle : la plupart des administrations occidentales ont été conçues pour un volume de demandes correspondant à la friction humaine d’avant les agents IA. Cette friction disparaissant, les organismes concernés doivent désormais repenser leurs capacités de traitement — non pas pour filtrer des abus, largement minoritaires selon l’étude, mais pour absorber un afflux de demandes par ailleurs parfaitement légitimes.
Étude et détails complets relayés par TechCrunch.
Qu’est-ce que le « agentic flooding » ?
Le terme désigne l’utilisation d’agents IA pour déposer des demandes administratives en masse, un phénomène étudié par le chercheur Chris Schmitz sur 84 cas dans 11 juridictions.
Quels organismes publics ont vu leurs demandes augmenter le plus ?
Le Housing Ombudsman britannique est passé de 2 600 à plus de 7 000 demandes entre 2022 et 2025, tandis que le CFPB américain a vu ses volumes multipliés par cinq.
Les nouvelles demandes générées par l’IA sont-elles frauduleuses ?
Non. Selon l’étude, la grande majorité proviennent de personnes réellement éligibles à ce qu’elles réclament — l’IA réduit surtout la charge administrative qui les décourageait auparavant.

