Le modèle économique Anthropic publié le 9 septembre 2026 projette les impacts de l’IA sur l’emploi américain à horizon 2030 selon trois scénarios — et relègue les prévisions les plus sombres de son propre PDG, Dario Amodei, au rang de scénario le moins probable, rapporte The Decoder.
Trois scénarios, un écart de chômage vertigineux
Le scénario « modeste » imagine un impact de l’IA comparable à celui d’Internet : la part des travailleurs du savoir dans l’emploi total reculerait de 62,2 % à 59,7 %, compensée par une hausse des autres métiers de 37,8 % à 39,6 %, pour une croissance du PIB et des salaires globalement stables.
Le scénario « intermédiaire » table sur un doublement de la croissance économique, mais avec des salaires des travailleurs du savoir stagnants : programmeurs et employés de centres d’appels devraient alors se reconvertir vers des métiers comme électricien ou infirmier, ce qui ferait mécaniquement grimper le chômage.
Le scénario « extrême » — celui qui colle le plus aux mises en garde passées de Dario Amodei — prévoit un doublement de la production économique tous les 4,5 ans, un chômage des travailleurs du savoir atteignant 17,9 %, et une part du PIB revenant au travail chutant de 60 % à 45 %.
Le PDG contredit par son propre laboratoire
En mai 2025, Dario Amodei avait averti que « jusqu’à la moitié des emplois de bureau de niveau débutant pourrait disparaître d’ici 2030 », avec un taux de chômage pouvant atteindre 10 à 20 %. Ce chiffre correspond précisément au scénario extrême du nouveau modèle — celui qu’Anthropic qualifie elle-même de « résultat le moins probable ».
Autrement dit, l’entreprise a construit un cadre économique qui range les propres alertes de son dirigeant parmi les issues les moins probables, plutôt que de les présenter comme une trajectoire centrale. Un choix qui interroge sur la cohérence entre la communication publique d’Anthropic sur les risques de l’IA et les projections économiques qu’elle produit en interne.
Pourquoi ce décalage compte
Les prévisions de Dario Amodei ont largement circulé depuis leur publication, alimentant le débat public sur l’automatisation des emplois de bureau par l’IA générative. En les repositionnant comme un scénario extrême et peu probable, Anthropic prend ses distances avec le narratif le plus alarmiste associé à son propre dirigeant, sans pour autant le démentir frontalement.
Ce type de modélisation reste un exercice de projection, pas une mesure : les trois scénarios dépendent d’hypothèses sur le rythme des gains de capacités des modèles, que personne — pas même Anthropic — ne peut garantir à cinq ans. Il donne toutefois un aperçu de la manière dont le laboratoire évalue en interne la probabilité de ses propres mises en garde publiques, dans un contexte où certains de ses propres chercheurs ont quitté l’entreprise en jugeant sa gestion des risques insuffisante.
Que dit le nouveau modèle économique d’Anthropic sur l’emploi ?
Il projette trois scénarios à horizon 2030, avec un taux de chômage des travailleurs du savoir allant de stable à 17,9 % selon le rythme des gains de capacités de l’IA.
Comment ce modèle contredit-il Dario Amodei ?
Le PDG avait averti en mai 2025 que le chômage pourrait atteindre 10 à 20 % d’ici 2030 ; ce chiffre correspond au scénario que le modèle d’Anthropic qualifie lui-même de moins probable.
Le scénario extrême de 17,9 % de chômage est-il le plus probable selon Anthropic ?
Non : selon Anthropic elle-même, c’est le scénario jugé le moins probable des trois, loin devant le scénario modeste comparé à l’impact d’Internet.
