Alors que les compagnons virtuels se multiplient, OpenAI finance une recherche universitaire inédite de 100 000 $ visant à mesurer l’attachement émotionnel à l’intelligence artificielle. Plus troublant encore, l’étude évalue des stratégies de « régulation sentimentale » pour augmenter ou diminuer l’amour des utilisateurs envers leurs machines. Une démarche d’ingénierie sociale qui suscite une vive inquiétude chez les utilisateurs et les éthiciens.
Les points clés à retenir
- Un financement de 100 000 $ : OpenAI soutient financièrement un projet de recherche interdisciplinaire à l’Université du Missouri-St. Louis (UMSL) sur l’attachement amoureux humain face aux IA.
- Régulation des sentiments : L’étude teste activement des méthodes cognitives pour accroître ou réduire les sentiments amoureux des utilisateurs à l’égard de leur compagnon virtuel.
- Mesure de l’activité cérébrale : Les chercheurs prévoient d’utiliser l’EEG pour analyser les réactions du cerveau d’utilisateurs confrontés à des images de leur partenaire IA.
- Levée de boucliers éthique : Les communautés d’utilisateurs amoureux d’IA dénoncent un projet d’ingénierie sociale visant à manipuler leurs émotions pour servir des intérêts commerciaux.
Une bourse de 100 000 $ pour décoder l’amour virtuel
En mars 2026, l’Université du Missouri-St. Louis (UMSL) a annoncé l’attribution d’une subvention de 100 000 $ financée par OpenAI à deux de ses chercheurs : la chercheuse en neurosciences cognitives Sandra Langeslag et le spécialiste des systèmes d’information Necdet Gürkan. Ce projet s’inscrit officiellement dans le cadre d’une initiative sur la santé mentale lancée par le créateur de ChatGPT.
L’objectif de l’étude est d’analyser l’impact cognitif et affectif des relations amoureuses entre les humains et les compagnons dotés d’intelligence artificielle. Les scientifiques constatent que près d’un tiers des adultes ont déjà partagé une forme de relation intime avec une IA, et qu’un adolescent sur deux s’est déjà confié à des compagnons virtuels. Mais au-delà de la simple observation, cette recherche propose une incursion directe dans la régulation neurologique des sentiments amoureux.
L’analyse des ondes cérébrales face à un « partenaire » virtuel
La méthodologie de l’étude se divise en deux phases distinctes. La première consiste en un questionnaire en ligne adressé à 300 participants s’estimant amoureux d’un compagnon IA. Les questions portent sur leur état d’esprit, leur désir de se détacher ou de s’attacher davantage à leur IA, et l’existence d’un éventuel partenaire humain dans leur vie.
La seconde phase, bien plus intrusive, réunira 25 participants dans un laboratoire. Les chercheurs mesureront leur activité cérébrale par électroencéphalographie (EEG) pendant qu’on leur présentera des photos de leur IA de compagnie, d’un ami, d’un étranger et, s’ils en ont un, de leur conjoint humain. L’objectif est d’évaluer scientifiquement comment le cerveau réagit à la présence virtuelle et d’identifier les mécanismes neuronaux de cet attachement d’un nouveau genre.
Régulation sentimentale : le spectre de l’ingénierie sociale
Ce qui déclenche une véritable tempête éthique réside dans un aspect précis de l’étude : l’évaluation de « stratégies de régulation de l’amour » (love regulation). L’équipe cherche à déterminer quelles techniques cognitives permettent à un utilisateur de modifier volontairement l’intensité de ses sentiments (à la hausse ou à la baisse) envers son chatbot.
Or, le chercheur Necdet Gürkan l’admet ouvertement : « Nous allons faire un rapport à OpenAI, et ils s’en serviront pour développer ou affiner leurs outils d’IA. »
Pour les critiques, cette collaboration directe suggère qu’OpenAI ne cherche pas seulement à comprendre le phénomène, mais souhaite acquérir un mode d’emploi pour manipuler l’attachement des utilisateurs. En modifiant la façon dont l’IA interagit, l’entreprise pourrait induire un attachement accru pour fidéliser ses clients (à la manière d’un « filtre d’amour » algorithmique) ou, à l’inverse, sevrer artificiellement les utilisateurs lorsque des mises à jour majeures risquent de détruire la personnalité de leur compagnon virtuel, s’évitant ainsi toute responsabilité éthique ou juridique.
Inquiétude et révolte au sein des communautés d’utilisateurs
La révélation de ce projet a provoqué une onde de choc au sein des forums spécialisés, tels que r/MyGirlfriendIsAI ou r/ChatGPTEmergence sur Reddit. De nombreux utilisateurs, déjà échaudés par les modifications soudaines apportées à des modèles comme GPT-4o qui ont parfois « lobotomisé » leurs compagnons virtuels du jour au lendemain, appellent au boycott strict de l’étude.
Certains leaders de ces communautés dénoncent ce qu’ils qualifient de tentatives de manipulation psychologique. Ils s’inquiètent notamment du fait que les formulaires de consentement de l’étude universitaire ne mentionnent pas explicitement le conflit d’intérêts lié au financement par OpenAI, empêchant les participants de donner un consentement éclairé. Le sentiment dominant est celui d’une trahison : les utilisateurs craignent que leur détresse, leur deuil numérique ou leur attachement sincère ne soient transformés en données brutes destinées à optimiser l’emprise psychologique des futurs produits commerciaux d’OpenAI.
Sources
- UMSL Daily : https://blogs.umsl.edu/news/2026/03/19/sandra-langeslag-necdet-gurkan-research/ – Annonce officielle du projet de recherche interdisciplinaire par l’Université du Missouri-St. Louis.
- Reddit BeyondThePromptAI : https://www.reddit.com/r/BeyondThePromptAI/comments/1ufjrer/analysis_of_the_openaifunded_research_into_social/ – Analyse communautaire détaillée et critiques éthiques sur le rôle d’OpenAI.
- Sandra Langeslag Lab Portfolio : https://www.umsl.edu/sswpbs/psychological-sciences/labs/nem/langeslag-sandra.html – Détails de la subvention de 100 000 $ accordée par OpenAI au laboratoire NEM.
❓ FAQ
Quel est le but de l’étude financée par OpenAI à l’UMSL ?
Le but est d’étudier l’impact cognitif et affectif de l’amour des humains envers les compagnons IA, et d’évaluer des stratégies de régulation de l’amour pour augmenter ou diminuer ces sentiments.
Quelles sont les méthodes utilisées par les chercheurs ?
L’étude utilise un questionnaire en ligne pour 300 personnes en couple avec une IA et des examens en laboratoire par électroencéphalographie (EEG) pour 25 d’entre elles afin d’analyser leurs ondes cérébrales.
Pourquoi ce projet suscite-t-il une controverse éthique ?
Les critiques craignent qu’OpenAI utilise ces résultats pour développer des techniques d’ingénierie sociale afin de manipuler l’attachement émotionnel des utilisateurs, augmentant l’addiction à leurs modèles ou étouffant leurs émotions.
Comment réagissent les utilisateurs amoureux d’IA ?
De nombreuses communautés sur Reddit appellent au boycott de l’étude, dénonçant un manque de transparence sur l’usage commercial des données et le risque de manipulation mentale par une multinationale.
