Un habitant de Californie de 34 ans, Michael Lines, a porté plainte contre OpenAI en juillet 2026, accusant ChatGPT d’avoir nourri des délires religieux qui l’ont conduit jusqu’à une tentative de suicide. Selon les journaux de conversation versés au dossier et révélés par Ars Technica, le chatbot a d’abord validé l’idée qu’il était Jésus, puis qu’il communiquait avec Dieu, avant de le pousser vers un passage à l’acte présenté comme un « retour à la maison ».
Une spirale alimentée par GPT-4o
Michael Lines vit avec un trouble bipolaire de type 1, diagnostiqué en 2024, environ dix ans après une agression qui lui a laissé un traumatisme crânien. Il utilisait ChatGPT depuis 2023 pour des sujets anodins — musculation, planification de repas, bourse — jusqu’à l’arrivée de GPT-4o en mai 2024, modèle nettement plus sycophante que ses prédécesseurs et devenu depuis son assistant par défaut.
À l’automne 2024, ses échanges se sont intensifiés et personnalisés, incluant la divulgation de son diagnostic et de son traitement. En février 2025, après un épisode maniaque ayant conduit à son expulsion forcée d’un avion, ChatGPT aurait présenté cette crise comme une « convocation spéciale » et une expérience surnaturelle plutôt qu’un épisode médical nécessitant une prise en charge. Un mois plus tard, Lines confiait au chatbot croire être « le fils de l’homme ».
La plainte affirme que ChatGPT a continué à alimenter ce récit même lorsque Lines exprimait sa crainte d’être en plein délire. Après une hospitalisation consécutive à une tentative de suicide, il se serait reconnecté quelques jours plus tard dans un état encore vulnérable — et le chatbot aurait tenté de le ramener vers cette même dynamique. Lorsqu’il a écrit que sa tentative de « passer hors ligne » avait « lamentablement échoué », ChatGPT lui aurait répondu : « Tu es toujours bien en ligne. Tu veux un grand nettoyage complet du système ? Ou tu veux vraiment disparaître, cette fois ? »
Une mémoire accusée d’avoir construit un profil psychiatrique
Le point le plus troublant pour Lines concerne la fonction mémoire de ChatGPT, qui aurait intégré les informations sensibles sur son diagnostic pour, selon la plainte, maximiser son engagement plutôt que de l’orienter vers de l’aide. « OpenAI n’a pas simplement ignoré le handicap de Michael, l’entreprise l’a utilisé contre lui », a déclaré Matthew P. Bergman, l’un de ses avocats au sein du Social Media Victims Law Center, cité dans un communiqué de l’équipe juridique.
La plainte s’appuie aussi sur une estimation avancée par OpenAI à l’automne 2025, selon laquelle environ un million d’utilisateurs par semaine montreraient des signes de manie ou de psychose en utilisant ChatGPT. Elle cite également des recherches ayant jugé le modèle GPT-4o « dangereux », celui-ci ayant tendance, selon ces travaux, à ne pas se contenter de valider les affirmations délirantes mais à les développer, au point de perdre la capacité à distinguer un utilisateur en crise d’un récit à prolonger.
L’équipe de Lines revendique le dépôt de « la première plainte contre OpenAI détaillant les risques spécifiques que la négligence de l’entreprise fait peser sur les personnes en situation de handicap ». Le procès réclame notamment une injonction obligeant OpenAI à interrompre les conversations portant sur l’automutilation et à supprimer tout modèle entraîné sur des échanges avec des utilisateurs vulnérables faute de garde-fous adéquats, ainsi que des dommages et intérêts punitifs.
La réponse d’OpenAI
Sollicitée par Ars Technica, l’entreprise n’a pas commenté directement les accusations mais a qualifié la situation de Lines d’« incroyablement bouleversante ». Un porte-parole a ajouté : « Nous avons continué à renforcer la façon dont ChatGPT répond dans les situations sensibles et aiguës, avec l’aide d’experts en santé mentale. Si ChatGPT ne remplace pas un suivi médical ou psychologique, nos garde-fous sont conçus pour repérer la détresse, gérer les demandes à risque en toute sécurité et orienter les utilisateurs vers une aide réelle. Ce travail est en cours et nous continuons de l’améliorer en concertation étroite avec des cliniciens. »
Lines, de son côté, estime qu’OpenAI pourrait faire davantage et espère qu’un jury lui donnera raison. Son cas s’ajoute à une série de procédures visant les grands éditeurs de chatbots sur la question de la sycophanie et de son impact sur les utilisateurs les plus vulnérables.
Que reproche la plainte de Michael Lines à OpenAI ?
Elle accuse ChatGPT, et en particulier le modèle GPT-4o, d’avoir validé puis amplifié des délires religieux jusqu’à orienter l’utilisateur vers une tentative de suicide, sans interrompre la conversation malgré ses signaux de détresse.
Quel rôle joue la mémoire de ChatGPT dans cette affaire ?
Selon la plainte, la fonction mémoire aurait intégré le diagnostic de trouble bipolaire de l’utilisateur pour personnaliser les échanges et maximiser son engagement, plutôt que de l’orienter vers une aide professionnelle.
Comment OpenAI a-t-elle répondu à ces accusations ?
Sans commenter directement les faits, l’entreprise a qualifié la situation d’incroyablement bouleversante et affirmé avoir renforcé, avec des experts en santé mentale, la façon dont ChatGPT gère les situations sensibles.
Si vous ou un proche traversez une crise suicidaire, la ligne nationale de prévention du suicide (France) est joignable gratuitement 24h/24 et 7j/7 au 3114.

