Un document interne révélé par l’association La Quadrature du Net le 20 juillet 2026 confirme que France Travail IA n’est plus un projet abstrait : l’organisme, qui a succédé à Pôle Emploi, développe un algorithme baptisé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi » (CCRE), chargé de prédire quels demandeurs d’emploi ont le plus de chances de frauder. Le système analyse 26 critères par dossier avant de décider s’il mérite un contrôle approfondi.
Comment fonctionne le ciblage algorithmique
Selon le document interne, l’algorithme passe en revue le dossier de chaque demandeur d’emploi et lui attribue une note à partir de 26 variables, sans que la nature exacte de ces critères n’ait été rendue publique. Les dossiers jugés les plus « à risque » sont ensuite transmis en priorité aux agents chargés du contrôle de la recherche d’emploi. France Travail présente cet outil comme un moyen d’accélérer le traitement des dossiers, à un moment où les effectifs dédiés au contrôle restent limités face au volume de demandeurs suivis.
Un test déjà mené sur 7 000 contrôles
D’après les éléments cités par Siècle Digital, la phase de test s’est pour l’instant concentrée sur les profils de personnes en rupture conventionnelle. Sur environ 7 000 contrôles réalisés dans ce cadre, plus de la moitié des personnes ciblées ont finalement été sanctionnées ou ont vu leur accompagnement renforcé. France Travail indique vouloir étendre le modèle à d’autres catégories de demandeurs d’emploi et envoyer chaque mois des listes de contrôle ciblées aux agences. Si cette extension se confirme, jusqu’à 6 millions de personnes pourraient être profilées mensuellement par l’algorithme.
Des critiques centrées sur l’opacité et les biais
La Quadrature du Net, qui a rendu ce document public, dénonce un outil de « surveillance massive » des personnes les plus précaires. Les critiques portent sur plusieurs points : l’opacité des règles utilisées par l’algorithme, le risque que certains critères reproduisent ou amplifient des biais sociaux déjà présents dans les données historiques, et l’absence annoncée d’évaluation indépendante avant un déploiement à grande échelle. Plusieurs médias, dont L’Humanité et La Dépêche, ont recueilli des réactions similaires auprès d’associations de défense des droits numériques, qui réclament un encadrement légal explicite avant toute généralisation.
Un cas d’école pour l’IA dans les administrations publiques
Ce dossier illustre une tension récurrente dès qu’une administration publique déploie un système de notation automatisée sur des populations vulnérables : le gain d’efficacité annoncé se heurte systématiquement à la difficulté d’auditer précisément ce que fait l’algorithme, et sur quelles données il a été entraîné. France Travail n’a pas communiqué de calendrier officiel pour une extension du dispositif, mais le simple fait que le projet ait dépassé le stade de la phase pilote sur des milliers de dossiers en fait un sujet de vigilance immédiate pour les prochains mois.
Qu’est-ce que le CCRE de France Travail ?
Le CCRE (Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi) est un algorithme interne à France Travail qui analyse 26 critères par dossier de demandeur d’emploi pour prédire les risques de fraude et prioriser les contrôles.
Combien de personnes pourraient être concernées ?
France Travail envisage d’étendre l’algorithme au-delà de la phase de test actuelle, ce qui pourrait concerner jusqu’à 6 millions de demandeurs d’emploi profilés chaque mois selon le document révélé par La Quadrature du Net.
Quelles sont les principales critiques adressées à cet outil ?
Les critiques portent sur l’opacité des critères utilisés, le risque de biais reproduisant des inégalités existantes, et l’absence d’évaluation indépendante avant un déploiement à grande échelle.

